Savoirs

Racisme et antisémitisme

À propos du cours

Le racisme et l’antisémitisme sont des notions sujettes à bien des interprétations, analyses et discours. Elles nous sont familières, mais les difficultés surgissent dès qu’il s’agit de les définir avec précision. Cette formation en ligne ouverte à tous propose d’abord un état des lieux, d’une part historique, et d’autre part consacré à l’actualité de ces phénomènes, avant de réfléchir à l’action antiraciste.

Pourquoi racisme ET antisémitisme ? Du point de vue sociologique, l'antisémitisme est une variante, certes singulière, du racisme, il appartient à cette famille. Mais du point de vue historique, la haine des Juifs que l'on peut appeler antisémitisme, même si c'est anachronique pour la période antérieure à la fin du XIXème siècle, a une épaisseur de plus de deux millénaires, c'est un phénomène exceptionnel, unique, qui mérite d'être traité à part. Donc tout dépend de la perspective adoptée.

Dans quelle mesure le racisme et l’antisémitisme sont-ils indissociables des mutations de nos sociétés occidentales ? Comment les crises politiques et économiques, la fracture sociale et la fragmentation culturelle ou encore l’hypermédiatisation influencent-elles l’évolution de ces phénomènes ? Quel type d’actions peut-on entreprendre pour lutter ?

Ce cours en ligne ouverte à tous est particulièrement original parce qu’il repose en majorité sur des entretiens initiés et conduits par le sociologue Michel Wieviorka. Ces entretiens donnent de l’épaisseur, de la vitalité et un certain dynamisme à la réflexion sur ces questions très délicates. Dans ce cadre, les intervenants sont en position de préciser leur pensée à travers le dialogue et non pas seulement de délivrer un savoir. Le public a de son côté, la possibilité d’entrer dans leur réflexion et d’observer leur cheminement intellectuel.

Les plus grands spécialistes français et internationaux ont été sollicités pour discuter des expressions et des formes que peuvent prendre le racisme et l’antisémitisme, mais aussi pour parler des doctrines et théories qui en sont le socle. L’action antiraciste est également au cœur des questionnements de ce Mooc, son développement et son renforcement par la connaissance en sont un des objectifs principaux.

Prérequis

Cette formation en ligne ne nécessite aucun prérequis spécifique, il est adapté et ouvert à tout public désireux d’élargir ses questionnements et de renforcer ses connaissances sur le racisme et l’antisémitisme. Toute personne intéressée par la thématique pourra aussi y trouver des ressources et des informations pour enrichir ses connaissances.

Les formes concrètes du racisme et de l’antisémitisme

Au programme

- Violences, opinions et préjugés, rumeurs

- Ségrégation et discrimination aux USA

- Apartheid en Afrique du Sud

- Génocides

Opinions, préjugés et stéréotypes - Un entretien avec Nonna Mayer

26min46

Opinions, préjugés et stéréotypes   Un entretien avec Nonna Mayer La sociologue Nonna Mayer aborde la question des préjugés et des opinions racistes et antisémites. Une des premières manifestations élémentaires du racisme et de l’antisémitisme se déploie sous la forme de préjugés et d’opinions hostiles à l’égard de groupes ou d’individus auxquels on aurait tendance à attribuer des traits négatifs figés. Nonna Mayer nous aide à saisir la construction de ces opinions et elle décrit la manière dont se forment les préjugés racistes et antisémites. Ayant beaucoup travaillé à partir de sondages d’opinions, elle nous invite à découvrir comment cet outil permet d’identifier les opinions envers les minorités et les barrières qui les séparent de la majorité, à partir d’un échantillon national représentatif de la population vivant en France.

Discriminations - Un entretien avec Daniel Sabbagh - Partie 2

07min19

Discriminations   Un entretien avec Daniel Sabbagh Le politologue Daniel Sabbagh définit différentes formes de discriminations. Le concept de discrimination est apparu à la seconde moitié du XXème siècle comme la conséquence des luttes pour l’égalité des droits humains, l’abolition de la ségrégation et la fin de la colonisation. Il désigne un comportement ou une pratique qui est préjudiciable à au moins un individu, détermine la répartition de biens rares et se fonde sur la perception de cet individu comme appartenant à un groupe. Ce groupe est lui-même défini par des caractéristiques fixes et subjectives. Quelles sont les distinctions entre discrimination et ségrégation ? Comment mesure-t-on la discrimination ? Celle-ci n’est pas nécessairement raciale, elle peut être aussi fondée sur le genre, ou sur l’âge, être directe ou indirecte.

Discriminations - Un entretien avec Daniel Sabbagh - Partie 1

09min06

Discriminations   Un entretien avec Daniel Sabbagh Le politologue Daniel Sabbagh définit différentes formes de discriminations. Le concept de discrimination est apparu à la seconde moitié du XXème siècle comme la conséquence des luttes pour l’égalité des droits humains, l’abolition de la ségrégation et la fin de la colonisation. Il désigne un comportement ou une pratique qui est préjudiciable à au moins un individu, détermine la répartition de biens rares et se fonde sur la perception de cet individu comme appartenant à un groupe. Ce groupe est lui-même défini par des caractéristiques fixes et subjectives. Quelles sont les distinctions entre discrimination et ségrégation ? Comment mesure-t-on la discrimination ? Celle-ci n’est pas nécessairement raciale, elle peut être aussi fondée sur le genre, ou sur l’âge, être directe ou indirecte.

Ségrégation aux Etats-unis - Un entretien avec Pap Ndiaye

Michel WIEVIORKA

36min33

Ségrégation aux Etats-unis   Un entretien avec Pap Ndiaye L’historien Pap Ndiaye revient sur la ségrégation et la législation raciale aux États-Unis. La guerre civile entre les États du nord et du sud des États-Unis aboutira en 1865 à l’abolition de l’esclavage et à une période de liberté pour la population afro-américaine. Malgré cette victoire, les vieilles élites blanches du sud, très réticentes à ce que l’on nommera plus tard « le printemps démocratique », mettent en place dès 1880 des mesures ségrégationnistes dans les transports publics, dans les écoles, dans tout l’espace public en général. Ce sont les Lois Jim Crow. Jusqu’à la lutte pour les droits civiques menée dans les années 1960, les Noirs seront ainsi privés du droit de vote et marginalisés socialement et politiquement. Ils seront aussi victimes de violences et de lynchages, orchestrés principalement par le groupe de suprématistes blancs, le Ku Klux Klan et leurs sympathisants. En partant de ce phénomène historique, Pap Ndiaye revient aussi sur les manifestations de racisme plus contemporaines et nous invite à découvrir comment la notion même de race est comprise aux États-Unis.

L'apartheid en Afrique du Sud - Un entretien avec Pierre Haski

Michel WIEVIORKA

43min22

L'apartheid en Afrique du Sud   Un entretien avec Pierre Haski Le journaliste Pierre Haski, ancien correspondant de l’AFP en Afrique du Sud, traite de la politique de « développement séparé » des populations d’Afrique du Sud, sur des critères raciaux, ethniques et linguistiques – l’apartheid. Le terme apartheid signifie « séparation » en afrikaans et désigne une politique mise en place en 1948 par le Parti national dirigé par les Afrikaners, au moment de leur accession au pouvoir. La mise en place de cette politique fait suite à une longue tradition de politiques et de pratiques ségrégationnistes qui se déploient sur le territoire sud-africain depuis le début de sa colonisation. Ce détour historique permet de mettre en lumière la manière dont les idées racistes viennent servir un système économique et social, et montre ainsi les mécanismes qui favorisent leur institutionnalisation. Car l’apartheid était à la fois une vision idéologique de l’inégalité des races et un système économique dans le cadre duquel les populations blanches tiraient profit des populations noires. Pierre Haski décrit les rouages de ce phénomène qui s’explique tant comme une manifestation concrète du racisme, que comme un système de domination sociale.

De la violence de masse au génocide - Un entretien avec Jacques Sémelin

Michel WIEVIORKA

30min15

De la violence de masse au génocide   Un entretien avec Jacques Sémelin L’historien et politologue Jacques Sémelin revient sur la notion de génocide. Le terme de génocide a été créé par le juriste Raphaël Lemkin en 1944 pour définir, en miroir avec le terme d’homicide, la destruction d’un groupe ethnique ou national et les attaques contre les populations civiles. Depuis, le terme est utilisé tant par les juristes qui tentent de définir les cadres du «crime de génocide», que par les chercheurs en sciences sociales qui essayent de comprendre son apparition. Les génocides sont le fruit de processus complexes qui prennent racine dans la stigmatisation et le rejet de l’Autre. Comme le décrit Jacques Sémelin, ces processus mentaux sont exacerbés dans les périodes de crise politique, économique ou sociale et ils deviennent les maillons d’un engrenage qui mène à la violence. Lorsque la violence de masse évolue vers l’institutionnalisation et qu’elle est relayée et soutenue par les discours publics, elle peut aboutir un à génocide. En adoptant une démarche comparatiste, Jacques Sémelin revient sur différents génocides tels que le génocide arménien, la Shoah ou encore le cas de la Bosnie avec le génocide de Srebrenica, et il s’efforce de décrire la manière dont ils se construisent.

Discriminations - Un entretien avec Daniel Sabbagh - Partie 3

10min35

Discriminations   Un entretien avec Daniel Sabbagh Le politologue Daniel Sabbagh définit différentes formes de discriminations. Le concept de discrimination est apparu à la seconde moitié du XXème siècle comme la conséquence des luttes pour l’égalité des droits humains, l’abolition de la ségrégation et la fin de la colonisation. Il désigne un comportement ou une pratique qui est préjudiciable à au moins un individu, détermine la répartition de biens rares et se fonde sur la perception de cet individu comme appartenant à un groupe. Ce groupe est lui-même défini par des caractéristiques fixes et subjectives. Quelles sont les distinctions entre discrimination et ségrégation ? Comment mesure-t-on la discrimination ? Celle-ci n’est pas nécessairement raciale, elle peut être aussi fondée sur le genre, ou sur l’âge, être directe ou indirecte.

Les idées, les idéologies racistes et antisémites

Au programme

- Extrêmes droites en Europe

- Histoire des idées racistes, dans leurs diverses formulations

- Racisme et médias

- Analyse critique du discours

De l’idée de race - Entretien avec Hervé Le Bras

Michel WIEVIORKA

23min55

De l'idée de race   Entretien avec Hervé Le Bras Dans cet entretien, le démographe et historien Hervé LeBras évoque l’apparition de la notion de « races humaines » d’abord en biologie, puis en sciences humaines et sociales. Au 18ème siècle, le naturaliste suédois Carl Von Linné propose une classification des espèces encore utilisée de nos jours en zoologie. Cette conception servira de base à des classifications des êtres humains eux-mêmes. La théorie darwinienne de l’évolution des espèces, qui en elle-même n’est nullement raciste sera aussi une forte inspiration pour des auteurs français et allemands qui, tels que Arthur de Gobineau ou Ernst Haeckel, s’emploieront à dresser une hiérarchie des races. De la taxinomie à la hiérarchie, le pas est vite franchi par de tels auteurs, et apparaissent alors les premières idées de la « pureté de la race ». On s’attachera à montrer de quelle manière la théorie biologique, travestie en théorie sociale, permet l’assimilation de l’idée de « races humaines » à l’idée de classes sociales.

Les sources de l'idéologie raciste et antisémite - Une intervention de Zeev Sternhell

Michel WIEVIORKA

24min53

Les sources de l'idéologie raciste et antisémite   Une intervention de Zeev Sternhell L’Historien Zeev Sternhell nous plonge dans les origines intellectuelles de la division hiérarchique du monde humain en “races” qu'il situe au 18ème siècle et nous guide dans son évolution jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Le racisme a d’abord été une théorie politique et une explication de l’histoire, avant de devenir une force politique qui s’exprimera dans l’antisémitisme au tournant du 20ème siècle. Pour Zeev Sternhell, les origines de cette conception du monde sont à trouver dans les idées des penseurs nationalistes et dans les mouvements anti-lumières, tant en Allemagne qu’en France. Ces mouvements se construisent selon lui contre l'idée d'égalité et contre la démocratie, perçue comme une menace à l’unité de la nation.

Les extrêmes droites en Europe - Une intervention de Jean-Yves Camus

Jean-Yves CAMUS

31min55

Les extrêmes droites en Europe   Une intervention de Jean-Yves Camus Le politologue Jean-Yves Camus dresse ici un panorama des partis d’extrême droite en Europe en s’attardant sur la part de racisme et d’antisémitisme qui se trouve dans leurs programmes. La fin de la Seconde guerre mondiale et la découverte des crimes du régime nazi devaient signer en théorie la fin des idées d’extrême droite. Néanmoins, la crise aidant, les idéologies racistes et antisémites refont surface. Cet entretien permet de comprendre certains mécanismes qui favorisent la persistance des idées racistes et antisémites. Comment ces idées qui semblaient ne plus pouvoir servir d’arguments de campagne réussissent à nouveau à convaincre les électeurs ? Les partis d’extrêmes droite commencent à connaître des succès électoraux dans les années 1970, tout d’abord dans les pays scandinaves, puis en France avec le Front national et en Europe centrale. Plus récemment, on assiste aussi à une droitisation des partis au pouvoir dans les pays de l’est. Longtemps mis au ban de l’échiquier politique, certains de ces partis feignent depuis quelques années une « dédiabolisation » qui leur permet d’afficher des résultats très élevés aux élections, voire même dans certains cas, de faire partie de coalitions au pouvoir.

La xénophobie et le racisme - le massacre des Italiens à Aigues-Mortes - Un entretien avec Gérard Noiriel

Michel WIEVIORKA

07min57

La xénophobie et le racisme - le massacre des Italiens à Aigues-Mortes   Un entretien avec Gérard Noiriel Pour décrire les liens entre racisme et xénophobie, l’historien Gérard Noiriel revient dans cet entretien sur un épisode noir de l’histoire française, celui du massacre des travailleurs italiens à Aigues-Mortes à la fin du 19ème siècle. La xénophobie est le rejet d’une catégorie de la population, que l’on considère comme « étrangère », elle se manifeste le plus souvent dans un contexte de tensions sociales et de crise économique. Alors que la France traverse une longue période de stagnation économique, les ouvriers italiens des salines d’Aigues Mortes sont accusés de « voler le travail des Français ». Une dizaine d’entre eux sont massacrés les nuits des 16 et 17 août 1893, un grand nombre est blessé par des tirs de fusil ou est victime de lynchages ou de noyade. Cet épisode de racialisation d’un groupe national démontre bien la polysémie du terme « race ». Cet événement permet aussi de faire le lien entre la stigmatisation et le contexte de crise, qui peut constituer une précondition à la haine de l’Autre.

Le rôle des médias - Une intervention de Teun Van Dijk

Teun VAN DIJK

19min02

Le rôle des médias   Une intervention de Teun Van Dijk L’intervention du linguiste Teun Van Dijk nous éclaire en premier lieu sur le rôle des médias dans la diffusion des idées racistes et antisémites, et en second lieu, sur leur rôle dans la lutte contre ces phénomènes. En procédant à une analyse discursive de la presse occidentale, on observe que les médias ont tendance à dépeindre les minorités ethniques et nationales, ainsi que les réfugiés en usant de métaphores péjoratives. Cette analyse montre comment le discours médiatique influence la construction des représentations mentales et attise les préjugés. Cette analyse indique que les idées racistes peuvent être diffusées par le haut, par les élites, et qu’elles ne sont pas nécessairement le produit d’un sentiment populaire. D’un autre côté, avec la démocratisation des médias, l’arrivée d’Internet et des médias alternatifs on observe une diffusion plus large de la critique des idées dominantes et donc aussi de l’antiracisme. Une théorie analytique des médias permet aussi de mettre en lumière les courants de pensées qui se diffusent par le bas.

L’antisémitisme : un racisme parmi d’autres, ou un phénomène singulier ?

Au programme

- Le phénomène dans son épaisseur historique, depuis l’antijudaïsme antique jusqu’à ses formes contemporaines

- La Shoah

- La rumeur d'Orléans

L'antisémitisme dans son épaisseur historique - Un entretien avec Joël Kotek

Michel WIEVIORKA

35min59

L'antisémitisme dans son épaisseur historique Un entretien avec Joël Kotek Dans cet entretien, l’historien Joël Kotek revient sur les racines de l’antisémitisme. Avant l’an 1000 la haine des Juifs s’apparente à de l’antijudaïsme. Le judaïsme est considéré comme une religion rivale parmi d’autres, du christianisme et est rejeté en tant que tel. Le terme qui désigne la haine des Juifs en tant que race – l’antisémitisme, a lui été forgé par le journaliste allemand Wilhelm Marr en 1879. Néanmoins le phénomène apparaît déjà au temps des croisades, quand la religion des origines, tant pour les Chrétiens, que pour les Musulmans, devient non plus seulement la religion concurrente, mais également la religion que l’on rendra responsable des maux dont souffre l’Europe entière. Au 12ème siècle, cette haine devient irrationnelle et on pourrait déjà commencer à parler « d’antisémitisme ». En se servant des métaphores de névrose et de psychose, Joël Kotek essaie d’expliquer le développement de cette forme particulière d’hostilité.

La Shoah - Un entretien avec Annette Wieviorka

Michel WIEVIORKA

38min32

La Shoah Un entretien avec Annette Wieviorka L’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah, nous donne ici les outils pour comprendre la spécificité de l'événement historique qu’est la Shoah. En partant du Procès de Nuremberg comme épilogue de la Seconde guerre mondiale, Annette Wieviorka en dévoile la complexité. Durant ce procès, les responsables du IIIème Reich seront jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crime contre l’humanité. Mais c’est finalement le terme de génocide, proposé par Raphaël Lemkin, qui prévaudra pour décrire l’ensemble de ce processus de destruction des Juifs d’Europe. Les théories se confrontent pour rendre compte de ce processus et on mettra en avant le débat qui oppose les intentionnalistes aux fonctionnalistes, autour de la question de l’intentionnalité de l’Etat nazi dans sa démarche destructive. La Shoah marque aussi un tournant dans la conception même de l’antisémitisme et les historiens parlent alors d’un antisémitisme rédempteur, où aucune conversion ni adhésion idéologique ne permettait aux Juifs d’échapper à la catégorisation et donc à la mort. Il sera aussi question dans cet entretien, de la dynamique qui se met en place entre les appareils de l’Etat (le régime nazi, mais aussi les régimes collaborationnistes celui de Vichy) et le corps social qui adhère à cette idéologie meurtrière. Enfin, l’évènement est replacé dans une perspective historique plus large, afin de comprendre comment il a pu influencer les opinions, idées et prises de positions sur la question de l’antisémitisme, du racisme et de l’altérité dans son acceptation plus générale.

La rumeur d'Orléans - Un entretien avec Edgar Morin

Michel WIEVIORKA

28min24

La rumeur d'Orléans Un entretien avec Edgar Morin Le sociologue Edgar Morin revient sur l’enquête de terrain qu’il a menée à Orléans à la fin des années 1960, autour d’une rumeur antisémite. La « Rumeur d'Orléans » est apparue en avril 1969. Les journaux locaux, influencés par « les bruits qui courent », publient alors une série d’informations selon lesquelles les cabines d’essayage des magasins tenus par des Juifs renferment des trappes par lesquelles les clientes sont enlevées et envoyées dans des réseaux de prostitution au Moyen Orient. L’enquête sociologique dément la rumeur et démontre que ce sont les commerçants les plus assimilés et les plus en phase avec la modernité qui sont victimes des attaques et des menaces. Elle dévoile que l’antisémitisme prend ici racine dans des peurs liées à la modernité et au nouveau climat social d’ouverture, insufflé par les événements de 1968. Aussi, elle montre que les sources de la rumeur sont à trouver dans le subconscient collectif dans lequel le Juif conserve une image d’étrangeté et de mystère.

Changements récents dans le racisme et l’antisémitisme

Au programme 

- Le racisme indirect, le néo-racisme différencialiste

- Le racisme systémique dans le bassin d’Alès

- Les implications de la fragmentation et de l’ethnicisation des sociétés

L'islamophobie - Un entretien avec Nikola Tietze

Michel WIEVIORKA

23min56

L'islamophobie Un entretien avec Nikola Tietze La sociologue Nikola Teitze revient dans cet entretien de manière comparative sur le terme d’islamophobie et son utilisation en France et en Allemagne. Les conjonctures géopolitiques et l’apparition du terrorisme islamiste sont aussi des facteurs qui viennent influencer les mutations du racisme. On utilise aujourd’hui volontiers le terme « islamophobie » pour désigner un rejet ou une haine des institutions religieuses de l’islam, du dogme religieux et de la pratique religieuse, mais également le rejet des musulmans, c’est-à-dire des personnes qui pratiquent l’islam, ou que l’on assimile à l’islam. L’objectif est de se demander si ce terme qui fait aujourd’hui débat est approprié ou s’il ne pose pas au contraire des problèmes. Qui utilise ce terme ? Les populations qui font l’objet d'un amalgame où les personnes qui sont à l’origine de l’hostilité ? Comment expliquer que l’islam soit devenu aujourd’hui une catégorie centrale pour l’(auto)définition de certaines populations et un alibi pour justifier la stigmatisation et la discrimination ?

Le racisme différencialiste - Un entretien avec Étienne Balibar

Michel WIEVIORKA

26min15

Le racisme différencialiste   Un entretien avec Étienne Balibar Le philosophe Etienne Balibar revient sur une forme de mutation du racisme observée depuis les années 1970 et que l’on peut définir comme un déplacement de l’idéologie raciste, depuis une conception biologique de la race, vers une conception plus culturelle. Pour décrire ce phénomène, les chercheurs ont alors parlé de racisme différencialiste, de néo-racisme, voire de « racisme sans race ». On serait donc passé d’un schéma de hiérarchisation qui opposait des races supérieures à des races inférieures, à un schéma de différenciation, qui placerait en son cœur l’impossibilité du mélange. Il n’y aurait donc plus une « biologisation » des différences, mais une « culturalisation » de celles-ci. Il s’agit d’un processus tout autant essentialiste que le premier. L’idée d’une mutation du racisme est aussi à confronter à l’idée de l’existence de « cycles du racisme ». Etienne Balibar met ici en avant une question clé – la nature du racisme change-t-elle réellement ou serait-elle au contraire tributaire des changements historico-politiques qui l’amèneraient à passer au premier ou au second plan ? L’analyse de l’évolution de la notion doit s’appuyer sur trois dimensions distinctes mais complémentaires, historique, anthropologique et politique. Enfin, Etienne Balibar élargit le débat et s'interroge sur l’utilisation (ou la non-utilisation) du terme « race » en France aujourd’hui et sur les enjeux posés par la pensée universaliste. En revenant sur la problématique « faut-il supprimer le mot de race de la Constitution », Etienne Balibar se demande si le mot de « race » peut être compris comme un outil pour comprendre la différence ? Les mutations du racisme nous invitent à nous demander s’il y a véritablement un universalisme au-delà des différences et si penser la différence c’est forcément penser la division.

Le racisme systémique - L'expérience du bassin minier d'Alès - Un entretien avec Philippe Bataille

Michel WIEVIORKA

18min08

Le racisme systémique - L'expérience du bassin minier d'Alès   Un entretien avec Philippe Bataille Le sociologue Philippe Bataille relate son enquête dans le bassin minier d’Alès dans les années 1980, autour d’un cas extrême de racisme systémique. L’enquête qui a été menée en partenariat avec la CFDT visait à comprendre la façon dont s'opérait le racisme au travail et à observer les discriminations directes et institutionnelles, ainsi que les discriminations indirectes qui rendent l’emploi inaccessible à certaines couches de la population. Cette enquête a permis de dévoiler la manière dont se déploie une forme de racisme qui n’est pas idéologique et dont les acteurs n’agissent pas avec une intention explicite. Sans être nommé, le racisme agit pourtant bien. Ce racisme se met en place là même où se trouvent des figures de l’antiracisme et des groupes de défense des salariés. Philippe Bataille dévoile les mécanismes qui ramènent un individu à des représentations sociales et à une différence construite et l’empêchent d’accomplir son intégration par le travail.

Immigration et racisme - de cause à effet ? Une intervention d'Andrea Rea

Michel WIEVIORKA

12min32

Immigration et racisme - de cause à effet ? Une intervention d'Andrea Rea Dans cette intervention, le politiste Andrea Rea, décrit la relation consubstantielle de l’immigration au racisme. En définissant les notions d’ethnicisation, de catégorisation et d’intégration qui constituent le processus d’immigration, on revient ici sur les problématiques de l’exclusion, de la discrimination et de la ségrégation des populations immigrées. Le thème même de l’immigration implique une division hiérarchique des individus dans une société. Un groupe qui se définit comme majoritaire, un « nous » historique, qui se pose en dominant face à des groupes minoritaires, des « eux » qui seraient moins légitimes à occuper le territoire. Il est important ici d’insister sur la dimension socio-politique qui définit le cadre de l’hostilité envers les populations immigrées. La fin de la société industrielle, le ralentissement de la croissance, les délocalisations et le chômage engendrent une mutation du racisme envers les immigrés et leurs descendants. Alors que les premières « vagues » d’immigration tendaient à maintenir les travailleurs immigrés dans un rapport de domination et d’exploitation, le nouvel échiquier social implique souvent un rejet pur et simple.

La lutte contre le racisme, l’antiracisme

Au programme

- Mouvements, associations, puissance publique 

- L’éducation, le droit et la loi

- Les institutions européennes

L'Union européenne en action - Un entretien avec Odile Quintin

Michel WIEVIORKA

18min24

L'Union européenne en action Un entretien avec Odile Quintin Odile Quintin, ancienne Directrice Générale de l'éducation et de la culture à la Commission Européenne, revient sur les actions menées par l’Union Européenne pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme. Sont détaillés ici la genèse de l’action européenne et la manière dont elle a évolué, ainsi que les différents dispositifs et institutions au service de la lutte contre les discriminations. En 1998 le traité d’Amsterdam voit le jour, fruit d’une série d’actions de sensibilisation. L’article 13 de ce traité précisant pour la première fois que l’Union européenne interdit toutes les formes de discriminations sur la base de la race, de l’origine ethnique, de la religion, de la croyance, du genre, ou relatives à l’âge ou au handicap. La législation s’inspire des dispositifs mis en place au Royaume-Uni, qui s’est montré plus rapide que la France en termes législatifs, et a été adoptée en 2000. Odile Quintin évoque les outils dont disposent les citoyens européens pour se défendre contre les discriminations et liste les actions qu’ils peuvent entreprendre. Il s’agit aussi d’expliquer comment se traduisent ces dispositions européennes sur le terrain national et quelles sont les difficultés qui se dressent devant leur application.

L'éducation pour lutter contre le racisme et antisémitisme - Un entretien avec Lilian Thuram

Michel WIEVIORKA

28min00

L'éducation pour lutter contre le racisme et antisémitisme   Un entretien avec Lilian Thuram Lilian Thuram, en tant que Président de la fondation « Education contre le racisme », revient sur son engagement et sur le travail de son association. La fondation « Education contre le racisme » est née en 2008 et son objectif est avant tout pédagogique. Par ses diverses actions de terrain elle tend à déconstruire les mécanismes de domination qui régissent notre société et à apprendre aux enfants à reconnaître les conditions nécessaires à la construction d’une société égalitaire. La démarche de cette association consiste à mettre la notoriété de Lilian Thuram au service de la lutte contre le racisme. Les actions de l’association ne s’inscrivent pas dans une démarche moralisatrice. Elles invitent au contraire les enfants, mais aussi les adultes, à réfléchir et s’interroger sur leurs propres actions dans la vie collective, pour transformer eux-mêmes leur environnement. Lilian Thuram revient dans cet entretien sur ses interventions dans les écoles, sur son expérience personnelle et sur ses actions à l’échelle internationale. Pour en savoir plus sur la Fondation Lilian Thuram c'est ici

Que peut le droit ? Un entretien avec Gwénaële Calvès

Michel WIEVIORKA

32min51

Que peut le droit ? Un entretien avec Gwénaële Calvès Dans cette rencontre, Gwénaële Calvès professeur de droit public, revient sur le rôle du droit dans l’action contre le racisme et l’antisémitisme. Dans un premier temps, elle explique que contrairement aux sciences sociales qui cherchent à comprendre et à définir le racisme et l’antisémitisme, le droit n’a pas vocation à offrir une définition de ces notions. Le droit vise à juger des comportements et non pas des idées. Néanmoins, des circonstances aggravantes peuvent être ajoutées à l’accusation si l’agression ou la discrimination observée est accompagnée de motifs à caractère raciste ou antisémite. Le droit est un outil pour lutter contre les diverses formes de discriminations. A travers une série d’exemples concrets, cet entretien met en lumière ce que peut le droit pour juger et punir ces comportements. D’un autre côté, le droit dispose d’outils divers qui servent à encadrer l’anti-discrimination, ou ce que l’on appelle la discrimination positive. La difficulté de son application pose une question plus idéologique : la société souhaite-t-elle comptabiliser ses individus répartis par race ? Toute reproduction ou diffusion de la vidéo est interdite La vidéo aborde plusieurs thèmes : 00' : Le droit punit-il le racisme ? 15'09 : Que punit exactement le droit ? 20'52 : Les statistiques ethniques 26'26 : Le rôle des associations

Le rôle des intellectuels et des artistes dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme - Un entretien avec Gérard Noiriel

Michel WIEVIORKA

15min50

Le rôle des intellectuels et des artistes dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme   Un entretien avec Gérard Noiriel L’historien Gérard Noiriel revient sur le rôle des intellectuels et des chercheurs dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Il y présente aussi son expérience de collaboration avec des acteurs culturels. Après une forte visibilité des mouvements antiracistes, comme SOS racisme, dans les années 1980, la décennie suivante a vu se développer une critique de ce type d’engagement militant. Comme le racisme lui-même mute et prend des places différentes dans la société, les formes d’actions pour lutter contre le racisme doivent elles aussi s’adapter. En faisant un détour historique par l’Affaire Dreyfus et l’engagement d’Emile Zola, Gérard Noiriel rappelle le rôle traditionnellement important des intellectuels dans l’action contre le racisme et l’antisémitisme. Il existe une responsabilité des élites, cette responsabilité est avant tout celle du développement de la connaissance et de sa diffusion. L’expérience de terrain de l’historien a néanmoins permis de dévoiler les limites de discours qui « prêchent trop souvent des convaincus » et n’arrivent pas à atteindre les classes populaires. Une stratégie à adopter dans la diffusion du discours antiraciste pourrait alors être celle de la collaboration avec des artistes pour faire passer un message qui touche les émotions des spectateurs. Gérard Noiriel revient notamment sur sa collaboration avec Roschdy Zem et Omar Sy sur le scénario de Chocolat, film autour du premier artiste noir qui a connu la célébrité en France, le clown Chocolat.