Documents pour «biostatistique»

Mathématiques, Statistiques et Médecine: des collaborations plus que jamais nécessaires

Jean-Christophe THALABARD

1h32min20

A travers le paradigme d’une maladie chronique fréquente, le cancer du sein, nous souhaitons aborder les évolutions de formes de collaborations entre le domaine médical et les chercheurs en mathématiques appliquées. La capacité à observer et quantifier les états physiologiques et pathologiques et approcher leurs variabilités intra- et inter- individuelles a marqué l’entrée dans une médecine dite scientifique dès la fin de 18eme siècle. Dès la seconde moitié du 20eme siècle, le monde anglo-saxon, suivi rapidement par le monde scandinave a su mettre en place des recueils systématiques de mortalités puis d’incidence, dont les analyses ont permis la mise en évidence de facteurs diagnostiques et pronostiques (1) et de suggérer des modèles « mécanicistes » de cancérogénèse (2, 3), qui essayaient de faire le lien entre les données épidémiologiques et les données recueillies au laboratoire. Le lien entre le type de données recueillies et les modalités statistiques d’analyse était bien précisé (15, 14). La prise en compte de facteurs dépendant du temps, dont les expositions hormonales, était et reste un sujet d’importance (6). Parallèlement, des modèles empiriques de prédiction du risque étaient proposés conditionnés par l’existence on non d’antécédents familiaux (5, 4), régulièrement mis à jour en fonction de la découverte de nouveaux marqueurs, avec toute la question de la validation de ces modèles. La mise en évidence des premiers gènes de susceptibilité aux cancers du sein (11) a représente une étape majeure apportée par les techniques d’épidémiologie génétique. Les possibilités offertes par les techniques de génétique moléculaires ont nécessité de nouvelles formes d’analyses. Le rapport entre le nombre de sujets observés et le nombre de variables explicatives potentielles s’est inversé. Les liens génotypes/ phénotypes se révèlent plus complexes et hétérogènes (9). Un des challenges actuels est la possibilité de détecter précocément, par des méthodes fiables et peu invasives, en population les tumeurs susceptibles d’avoir une évolution défavorable (10, 12, 13). La question de la qualité et du type de données recueillies reste cruciale (7, 8) ainsi que celle de la répétabilité des résultats publiés, qui passe par la mise à la disposition des données et des algorithmes. Cette exigence scientifique impose le respect des règles d’utilisation des données.

La naissance de la médecine scientifique (par Pierre Corvol)

Pierre CORVOL

1h42min01

La naissance de la médecine scientifique Dans La Maison Nuncingen (1837), Balzac met en scène une conversation entre quatre journalistes échauffés par un bon repas. L’un des commensaux, Émile Blondet, déclare sur un ton qu’on imagine volontiers sentencieux : « La médecine moderne, dont le plus beau titre de gloire est d’avoir, de 1799 à 1837, passé de l’état conjectural à l’état de science positive, et ce par l’influence de la grande École analyste de Paris, a démontré que, dans une certaine période, l’homme s’est complètement renouvelé… ». Quel crédit accorder à l’assertion que Balzac fait tenir à son personnage ? Que la médecine ait d’abord été – et cela depuis ses origines plus ou moins liées à la magie ou à la sorcellerie – sinon un art de guérir à tout le moins un ensemble de techniques destinées à soulager l’homme malade, personne n’en disconviendra. Mais à quel moment cet art est-il devenu une science, et si l’on reprend les termes que Balzac emprunte certainement à Auguste Comte « une science positive » ? En quelques décennies, à partir du début du XIXe siècle les progrès de la physiologie, de l’anatomie clinique (Xavier Bichat), la naissance de l’épidémiologie, le développement de la médecine expérimentale (Claude Bernard), l’introduction de nouveaux outils de mesure et l’introduction de la statistique ont révolutionné la médecine instaurant de nouveaux rapports entre la théorie et la pratique, modifiant profondément la relation du médecin au malade. Ces progrès incontestables de la médecine ont beaucoup contribué à affermir le crédit et l’estime accordés par un grand nombre aux sciences et aux techniques. Pierre Corvol se propose de retracer quelques uns de ces moments cruciaux qui ont conduit à faire de la médecine sinon une science du moins, selon une formule empruntée Georges Canguilhem, une « somme de sciences appliquées ». Cette conférence s’adresse à tous, élèves des filières commerciales, scientifiques ou littéraires, et tout particulièrement aux élèves de classes préparatoires littéraires qui ont le thème de la « science » au programme de leurs concours de cette année. Conférence du docteur Pierre Corvol (Professeur émérite au Collège de France)