Documents pour «Antisémitisme»

Immigration et racisme - de cause à effet ? Une intervention d'Andrea Rea

Michel WIEVIORKA

12min32

Immigration et racisme - de cause à effet ? Une intervention d'Andrea Rea Dans cette intervention, le politiste Andrea Rea, décrit la relation consubstantielle de l’immigration au racisme. En définissant les notions d’ethnicisation, de catégorisation et d’intégration qui constituent le processus d’immigration, on revient ici sur les problématiques de l’exclusion, de la discrimination et de la ségrégation des populations immigrées. Le thème même de l’immigration implique une division hiérarchique des individus dans une société. Un groupe qui se définit comme majoritaire, un « nous » historique, qui se pose en dominant face à des groupes minoritaires, des « eux » qui seraient moins légitimes à occuper le territoire. Il est important ici d’insister sur la dimension socio-politique qui définit le cadre de l’hostilité envers les populations immigrées. La fin de la société industrielle, le ralentissement de la croissance, les délocalisations et le chômage engendrent une mutation du racisme envers les immigrés et leurs descendants. Alors que les premières « vagues » d’immigration tendaient à maintenir les travailleurs immigrés dans un rapport de domination et d’exploitation, le nouvel échiquier social implique souvent un rejet pur et simple.

Le racisme systémique - L'expérience du bassin minier d'Alès - Un entretien avec Philippe Bataille

Michel WIEVIORKA

18min08

Le racisme systémique - L'expérience du bassin minier d'Alès   Un entretien avec Philippe Bataille Le sociologue Philippe Bataille relate son enquête dans le bassin minier d’Alès dans les années 1980, autour d’un cas extrême de racisme systémique. L’enquête qui a été menée en partenariat avec la CFDT visait à comprendre la façon dont s'opérait le racisme au travail et à observer les discriminations directes et institutionnelles, ainsi que les discriminations indirectes qui rendent l’emploi inaccessible à certaines couches de la population. Cette enquête a permis de dévoiler la manière dont se déploie une forme de racisme qui n’est pas idéologique et dont les acteurs n’agissent pas avec une intention explicite. Sans être nommé, le racisme agit pourtant bien. Ce racisme se met en place là même où se trouvent des figures de l’antiracisme et des groupes de défense des salariés. Philippe Bataille dévoile les mécanismes qui ramènent un individu à des représentations sociales et à une différence construite et l’empêchent d’accomplir son intégration par le travail.

Le racisme différencialiste - Un entretien avec Étienne Balibar

Michel WIEVIORKA

26min15

Le racisme différencialiste   Un entretien avec Étienne Balibar Le philosophe Etienne Balibar revient sur une forme de mutation du racisme observée depuis les années 1970 et que l’on peut définir comme un déplacement de l’idéologie raciste, depuis une conception biologique de la race, vers une conception plus culturelle. Pour décrire ce phénomène, les chercheurs ont alors parlé de racisme différencialiste, de néo-racisme, voire de « racisme sans race ». On serait donc passé d’un schéma de hiérarchisation qui opposait des races supérieures à des races inférieures, à un schéma de différenciation, qui placerait en son cœur l’impossibilité du mélange. Il n’y aurait donc plus une « biologisation » des différences, mais une « culturalisation » de celles-ci. Il s’agit d’un processus tout autant essentialiste que le premier. L’idée d’une mutation du racisme est aussi à confronter à l’idée de l’existence de « cycles du racisme ». Etienne Balibar met ici en avant une question clé – la nature du racisme change-t-elle réellement ou serait-elle au contraire tributaire des changements historico-politiques qui l’amèneraient à passer au premier ou au second plan ? L’analyse de l’évolution de la notion doit s’appuyer sur trois dimensions distinctes mais complémentaires, historique, anthropologique et politique. Enfin, Etienne Balibar élargit le débat et s'interroge sur l’utilisation (ou la non-utilisation) du terme « race » en France aujourd’hui et sur les enjeux posés par la pensée universaliste. En revenant sur la problématique « faut-il supprimer le mot de race de la Constitution », Etienne Balibar se demande si le mot de « race » peut être compris comme un outil pour comprendre la différence ? Les mutations du racisme nous invitent à nous demander s’il y a véritablement un universalisme au-delà des différences et si penser la différence c’est forcément penser la division.

La rumeur d'Orléans - Un entretien avec Edgar Morin

Michel WIEVIORKA

28min24

La rumeur d'Orléans Un entretien avec Edgar Morin Le sociologue Edgar Morin revient sur l’enquête de terrain qu’il a menée à Orléans à la fin des années 1960, autour d’une rumeur antisémite. La « Rumeur d'Orléans » est apparue en avril 1969. Les journaux locaux, influencés par « les bruits qui courent », publient alors une série d’informations selon lesquelles les cabines d’essayage des magasins tenus par des Juifs renferment des trappes par lesquelles les clientes sont enlevées et envoyées dans des réseaux de prostitution au Moyen Orient. L’enquête sociologique dément la rumeur et démontre que ce sont les commerçants les plus assimilés et les plus en phase avec la modernité qui sont victimes des attaques et des menaces. Elle dévoile que l’antisémitisme prend ici racine dans des peurs liées à la modernité et au nouveau climat social d’ouverture, insufflé par les événements de 1968. Aussi, elle montre que les sources de la rumeur sont à trouver dans le subconscient collectif dans lequel le Juif conserve une image d’étrangeté et de mystère.

La Shoah - Un entretien avec Annette Wieviorka

Michel WIEVIORKA

38min32

La Shoah Un entretien avec Annette Wieviorka L’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah, nous donne ici les outils pour comprendre la spécificité de l'événement historique qu’est la Shoah. En partant du Procès de Nuremberg comme épilogue de la Seconde guerre mondiale, Annette Wieviorka en dévoile la complexité. Durant ce procès, les responsables du IIIème Reich seront jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crime contre l’humanité. Mais c’est finalement le terme de génocide, proposé par Raphaël Lemkin, qui prévaudra pour décrire l’ensemble de ce processus de destruction des Juifs d’Europe. Les théories se confrontent pour rendre compte de ce processus et on mettra en avant le débat qui oppose les intentionnalistes aux fonctionnalistes, autour de la question de l’intentionnalité de l’Etat nazi dans sa démarche destructive. La Shoah marque aussi un tournant dans la conception même de l’antisémitisme et les historiens parlent alors d’un antisémitisme rédempteur, où aucune conversion ni adhésion idéologique ne permettait aux Juifs d’échapper à la catégorisation et donc à la mort. Il sera aussi question dans cet entretien, de la dynamique qui se met en place entre les appareils de l’Etat (le régime nazi, mais aussi les régimes collaborationnistes celui de Vichy) et le corps social qui adhère à cette idéologie meurtrière. Enfin, l’évènement est replacé dans une perspective historique plus large, afin de comprendre comment il a pu influencer les opinions, idées et prises de positions sur la question de l’antisémitisme, du racisme et de l’altérité dans son acceptation plus générale.

L'antisémitisme dans son épaisseur historique - Un entretien avec Joël Kotek

Michel WIEVIORKA

35min59

L'antisémitisme dans son épaisseur historique Un entretien avec Joël Kotek Dans cet entretien, l’historien Joël Kotek revient sur les racines de l’antisémitisme. Avant l’an 1000 la haine des Juifs s’apparente à de l’antijudaïsme. Le judaïsme est considéré comme une religion rivale parmi d’autres, du christianisme et est rejeté en tant que tel. Le terme qui désigne la haine des Juifs en tant que race – l’antisémitisme, a lui été forgé par le journaliste allemand Wilhelm Marr en 1879. Néanmoins le phénomène apparaît déjà au temps des croisades, quand la religion des origines, tant pour les Chrétiens, que pour les Musulmans, devient non plus seulement la religion concurrente, mais également la religion que l’on rendra responsable des maux dont souffre l’Europe entière. Au 12ème siècle, cette haine devient irrationnelle et on pourrait déjà commencer à parler « d’antisémitisme ». En se servant des métaphores de névrose et de psychose, Joël Kotek essaie d’expliquer le développement de cette forme particulière d’hostilité.

Le rôle des médias - Une intervention de Teun Van Dijk

Teun VAN DIJK

19min02

Le rôle des médias   Une intervention de Teun Van Dijk L’intervention du linguiste Teun Van Dijk nous éclaire en premier lieu sur le rôle des médias dans la diffusion des idées racistes et antisémites, et en second lieu, sur leur rôle dans la lutte contre ces phénomènes. En procédant à une analyse discursive de la presse occidentale, on observe que les médias ont tendance à dépeindre les minorités ethniques et nationales, ainsi que les réfugiés en usant de métaphores péjoratives. Cette analyse montre comment le discours médiatique influence la construction des représentations mentales et attise les préjugés. Cette analyse indique que les idées racistes peuvent être diffusées par le haut, par les élites, et qu’elles ne sont pas nécessairement le produit d’un sentiment populaire. D’un autre côté, avec la démocratisation des médias, l’arrivée d’Internet et des médias alternatifs on observe une diffusion plus large de la critique des idées dominantes et donc aussi de l’antiracisme. Une théorie analytique des médias permet aussi de mettre en lumière les courants de pensées qui se diffusent par le bas.

Les extrêmes droites en Europe - Une intervention de Jean-Yves Camus

Jean-Yves CAMUS

31min55

Les extrêmes droites en Europe   Une intervention de Jean-Yves Camus Le politologue Jean-Yves Camus dresse ici un panorama des partis d’extrême droite en Europe en s’attardant sur la part de racisme et d’antisémitisme qui se trouve dans leurs programmes. La fin de la Seconde guerre mondiale et la découverte des crimes du régime nazi devaient signer en théorie la fin des idées d’extrême droite. Néanmoins, la crise aidant, les idéologies racistes et antisémites refont surface. Cet entretien permet de comprendre certains mécanismes qui favorisent la persistance des idées racistes et antisémites. Comment ces idées qui semblaient ne plus pouvoir servir d’arguments de campagne réussissent à nouveau à convaincre les électeurs ? Les partis d’extrêmes droite commencent à connaître des succès électoraux dans les années 1970, tout d’abord dans les pays scandinaves, puis en France avec le Front national et en Europe centrale. Plus récemment, on assiste aussi à une droitisation des partis au pouvoir dans les pays de l’est. Longtemps mis au ban de l’échiquier politique, certains de ces partis feignent depuis quelques années une « dédiabolisation » qui leur permet d’afficher des résultats très élevés aux élections, voire même dans certains cas, de faire partie de coalitions au pouvoir.

La xénophobie et le racisme - le massacre des Italiens à Aigues-Mortes - Un entretien avec Gérard Noiriel

Michel WIEVIORKA

07min57

La xénophobie et le racisme - le massacre des Italiens à Aigues-Mortes   Un entretien avec Gérard Noiriel Pour décrire les liens entre racisme et xénophobie, l’historien Gérard Noiriel revient dans cet entretien sur un épisode noir de l’histoire française, celui du massacre des travailleurs italiens à Aigues-Mortes à la fin du 19ème siècle. La xénophobie est le rejet d’une catégorie de la population, que l’on considère comme « étrangère », elle se manifeste le plus souvent dans un contexte de tensions sociales et de crise économique. Alors que la France traverse une longue période de stagnation économique, les ouvriers italiens des salines d’Aigues Mortes sont accusés de « voler le travail des Français ». Une dizaine d’entre eux sont massacrés les nuits des 16 et 17 août 1893, un grand nombre est blessé par des tirs de fusil ou est victime de lynchages ou de noyade. Cet épisode de racialisation d’un groupe national démontre bien la polysémie du terme « race ». Cet événement permet aussi de faire le lien entre la stigmatisation et le contexte de crise, qui peut constituer une précondition à la haine de l’Autre.

Les sources de l'idéologie raciste et antisémite - Une intervention de Zeev Sternhell

Michel WIEVIORKA

24min53

Les sources de l'idéologie raciste et antisémite   Une intervention de Zeev Sternhell L’Historien Zeev Sternhell nous plonge dans les origines intellectuelles de la division hiérarchique du monde humain en “races” qu'il situe au 18ème siècle et nous guide dans son évolution jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Le racisme a d’abord été une théorie politique et une explication de l’histoire, avant de devenir une force politique qui s’exprimera dans l’antisémitisme au tournant du 20ème siècle. Pour Zeev Sternhell, les origines de cette conception du monde sont à trouver dans les idées des penseurs nationalistes et dans les mouvements anti-lumières, tant en Allemagne qu’en France. Ces mouvements se construisent selon lui contre l'idée d'égalité et contre la démocratie, perçue comme une menace à l’unité de la nation.

De l’idée de race - Entretien avec Hervé Le Bras

Michel WIEVIORKA

23min55

De l'idée de race   Entretien avec Hervé Le Bras Dans cet entretien, le démographe et historien Hervé LeBras évoque l’apparition de la notion de « races humaines » d’abord en biologie, puis en sciences humaines et sociales. Au 18ème siècle, le naturaliste suédois Carl Von Linné propose une classification des espèces encore utilisée de nos jours en zoologie. Cette conception servira de base à des classifications des êtres humains eux-mêmes. La théorie darwinienne de l’évolution des espèces, qui en elle-même n’est nullement raciste sera aussi une forte inspiration pour des auteurs français et allemands qui, tels que Arthur de Gobineau ou Ernst Haeckel, s’emploieront à dresser une hiérarchie des races. De la taxinomie à la hiérarchie, le pas est vite franchi par de tels auteurs, et apparaissent alors les premières idées de la « pureté de la race ». On s’attachera à montrer de quelle manière la théorie biologique, travestie en théorie sociale, permet l’assimilation de l’idée de « races humaines » à l’idée de classes sociales.

L'islamophobie - Un entretien avec Nikola Tietze

Michel WIEVIORKA

23min56

L'islamophobie Un entretien avec Nikola Tietze La sociologue Nikola Teitze revient dans cet entretien de manière comparative sur le terme d’islamophobie et son utilisation en France et en Allemagne. Les conjonctures géopolitiques et l’apparition du terrorisme islamiste sont aussi des facteurs qui viennent influencer les mutations du racisme. On utilise aujourd’hui volontiers le terme « islamophobie » pour désigner un rejet ou une haine des institutions religieuses de l’islam, du dogme religieux et de la pratique religieuse, mais également le rejet des musulmans, c’est-à-dire des personnes qui pratiquent l’islam, ou que l’on assimile à l’islam. L’objectif est de se demander si ce terme qui fait aujourd’hui débat est approprié ou s’il ne pose pas au contraire des problèmes. Qui utilise ce terme ? Les populations qui font l’objet d'un amalgame où les personnes qui sont à l’origine de l’hostilité ? Comment expliquer que l’islam soit devenu aujourd’hui une catégorie centrale pour l’(auto)définition de certaines populations et un alibi pour justifier la stigmatisation et la discrimination ?