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Le racisme différencialiste - Un entretien avec Étienne Balibar

Durée : 26min. Français
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Résumé

Le racisme différencialiste
 
Un entretien avec Étienne Balibar
Le philosophe Etienne Balibar revient sur une forme de mutation du
racisme observée depuis les années 1970 et que l’on peut définir comme
un déplacement de l’idéologie raciste, depuis une conception biologique
de la race, vers une conception plus culturelle.
Pour décrire ce phénomène, les chercheurs ont alors parlé de racisme
différencialiste, de néo-racisme, voire de « racisme sans race ». On
serait donc passé d’un schéma de hiérarchisation qui opposait des races
supérieures à des races inférieures, à un schéma de différenciation, qui
placerait en son cœur l’impossibilité du mélange. Il n’y aurait donc
plus une « biologisation » des différences, mais une « culturalisation »
de celles-ci. Il s’agit d’un processus tout autant essentialiste que le
premier.
L’idée d’une mutation du racisme est aussi à confronter à l’idée de
l’existence de « cycles du racisme ». Etienne Balibar met ici en avant
une question clé – la nature du racisme change-t-elle réellement ou
serait-elle au contraire tributaire des changements historico-politiques
qui l’amèneraient à passer au premier ou au second plan ? L’analyse de
l’évolution de la notion doit s’appuyer sur trois dimensions distinctes
mais complémentaires, historique, anthropologique et politique.
Enfin, Etienne Balibar élargit le débat et s'interroge
sur l’utilisation (ou la non-utilisation) du terme « race » en France
aujourd’hui et sur les enjeux posés par la pensée universaliste. En
revenant sur la problématique « faut-il supprimer le mot de race de la
Constitution », Etienne Balibar se demande si le mot de « race » peut
être compris comme un outil pour comprendre la différence ? Les
mutations du racisme nous invitent à nous demander s’il y a
véritablement un universalisme au-delà des différences et si penser la
différence c’est forcément penser la division.