Documents pour «Grand-mère»

Jeudi 19

De Raphaël Holt

09min34

" - Plus tu vieillis, et plus tu deviens sombre. - Nan - T'es peut-être drôle avec tes copains, mais avec moi, t'es pas très marrant." Dans cette histoire, nous sommes le jeudi 19...

Pépé le morse

Lucrèce Andreae

14min54

Sur la plage sombre et venteuse, Mémé prie, Maman hurle, les frangines s'en foutent, Lucas est seul. Pépé était bizarre comme type, maintenant il est mort.

La vieille dame

De Samuel Miralles

07min57

Un homme se rémémore, avec tendresse, sa grand-mère tout juste disparue...

Eugenio Voltati Eugenio

De Luigi Comencini

1h49min39

Eugenio, dix ans, vit chez sa grand-mère depuis la séparation de ses parents, Giancarlo et Fernanda. Il doit partir en voyage à Londres avec son père, et sur la route de l'aéroport, il ne cesse d'agacer le conducteur. Excédé, ce dernier l'abandonne au bord de la route. La police est alertée et durant les recherches, Giancarlo et Fernanda revivent leur passé. Ils prennent alors conscience de ne jamais avoir été de vrais parents pour leur fils.

Toilettes d’enfants à Cuaji, Mexique : Toilette de Alejandra (40 jours) par sa grand-mère

Sofie EPELBOIN

06min35

Toilette d’Alejandra - 40 jours - baignée par sa grand-mère Elpidia. Cuajinicuilapa, état de Guerrero

Teddy, la mort en peluche The Pit

De Lew Leman

1h32min33

Un jeune garçon, Jamie, exclu par son entourage, lorsqu'il n'en est pas le souffre-douleur, n'a qu'un seul ami : son ours en peluche Teddy.
Lorsque dans un bois avoisinant, il découvre au fond d'un trou des créatures tapies dans l'ombre, son ours en peluche lui conseille de leur offrir en pâture tous ceux qui le font souffrir.

Man kann nicht alles auf einmal tun, aber man kann alles auf einmal lassen

Marie-Elsa Sgualdo

15min26

Tout commença sur un canapé.

Il la regarda enlever ses vêtements et ils firent l’amour pour la première fois.

Chronique aka 1993, Motonga : Gbédéle, femme, fille et mère

Alain EPELBOIN

20min27

Chronique pygmée, juin, décembre 1994, Mongoumba, Lobaye, RCA




Filmé dans un campement de pygmées aka, sous-préfecture de Mongoumba,

Gbédélé : femme, fille et mère Lobaye, R.C.A.

Image et son

Alain Epelboin




Dans le campement pygmée aka de Woto, en République centrafricaine, suivi au cours de deux journées ordinaires des interactions entre un bébé (âgé de 3-4 mois puis 9-10 mois), de sa mère adolescente, Gbédélé , de Mowo, sa grand-mère et des membres du campement, sans compter les tantes et les cousins, cousines.

Gbédélé donne à téter à sa fille, la berce en chantant, rieuse. A ses côtés, sa mère la regarde, la conseille, l’éduque. Elle prend aussi soin du bébé, qu'elle berce pendant que Gbédélé vaque à ses activités ménagères.

Six mois plus tard : un petit groupe s'est formé pour faire de la musique avec des arcs musicaux, des percussions, la frappe des mains, des chants... Gbédélé joue de l'arc à deux cordes. Le bébé est présent parmi eux.

Les stimulations sonores et corporelles imprimées sur le corps de l’enfant lors de ses pleurs sont systématiquement en rapport avec les rythmes fondamentaux de la musique traditionnelle aka.

Famille Clown

De Jonathan Kahn

12min53

Une grand-mère fait croire à son petit fils qu'elle se déguise en clown pour lui cacher son cancer et lui expliquer le faite qu'elle porte une perruque.

Toilettes d’enfants au Laos (Ban Nakham, province d'Oudomxay)

Natacha COLLOMB

59min30

Auteur réalisateur, caméra, Natacha Collomb
Montage : Natacha Collomb, Annie Marx
Résumé : Suivi des activités quotidiennes de jeunes enfants au sein de familles d’un village Taï dam : toilettes à la maison, à la rivière, alimentation, apprentissages.


Chapitres :
01 Toilettes de trois cousins
Toilette de trois cousins (Singkham, 4a ; Tiantit, 2a6m ; Khanthaly, 2a7m) sur la terrasse d’une maison sur pilotis. La toilette se fait par aspersion à l’eau tiède. C’est la grand-mère paternelle des trois enfants qui les lave, avec participation pour le rhabillage d’une arrière-grand-mère paternelle. Le plus âgé des trois cousins, un garçon, urine depuis le rebord de la terrasse, du côté de celle-ci où sont évacués tous les déchets résultant de la préparation des aliments (sang, entrailles, plumes, épluchures, etc.).

02 Défécation et nettoyage au piedToilette, sur la terrasse d’une maison sur pilotis, d’une petite fille (Nang Noi, 8m) après défécation par son arrière-grand-mère paternelle par alliance. L’arrière-grand-mère lave d'abord les fesses de l’enfant, à la main, puis les lattes du sol, qui ont déjà été en partie nettoyées par un chien, avec le pied. Elle se fait aider d’une cousine de Nang Noi (Mon Si, 5a) qui verse l’eau puisée dans la réserve (une grande poubelle en plastique).
Commentaire
1) Contexte temporel et spacial
À Ban Nakham, village tai dam du Nord Laos, district de Namo, province d’Oudomxay, au mois de décembre 1999, il fait exceptionnellement froid. L’eau gèle dans les seaux tous les matins, la végétation, proie du gel pendant la nuit, grille sous les rayons du soleil de l’après-midi.
Nous sommes, cet après-midi-là, dans la maison d’Ai Loun, du clan patrilinéaire (sing) kwang (du tigre).

La maison est surélevée, comme toutes les maisons tai dam, sur des pilotis de deux mètres. Les matériaux de construction sont le bois et le bambou pour les murs et le sol, l’herbe à paillote pour le toit. La maison de Loun, riche, a un toit en tôle ondulée.
En principe, les habitations sont orientées parallèlement à la rivière située à proximité du village dont on dit qu’elle coule du nord au sud, c’est-à-dire des sommets vers les plaines. Cependant la pente du terrain sur lequel est bâti le village oblige parfois à contourner cette orientation idéale.
L’espace de la maison est organisé selon les axes nord/sud, tête/pieds, privé/public. L’axe nord (nüüa), tête (théng hwaa), privé /sud (haai tae), pieds (tae tiin), public est relatif à la situation dans laquelle on se trouve, un peu à la manière de la gauche et de la droite. Ainsi, la tête de la maison est effectivement dirigée, dans la plupart des cas, au nord, c’est-à-dire vers l’amont. Les habitants de la maisonnée dorment côté privé, côté nord, et la tête vers le nord. Or il n’est pas possible de dormir les pieds (qui sont sales et de statut inférieur) en direction de la tête (où demeurent les âmes les plus importantes) de quelqu’un. En conséquence, des invités, qui dorment côté sud et public, la tête contre la paroi sud de la maison, on dit pourtant qu’ils dorment la tête au nord. Quelle que soit l’orientation de la maison, le côté nord, tête, privé, est désigné et se repère par sa situation à l’opposé de la porte d’entrée.
La séparation entre le côté privé et le côté public est matérialisée par une tenture qui sépare la maison en deux dans la longueur à un tiers environ de sa largeur. L’espace de la maison n’est pas autrement divisé en pièces. Les maisonnées étant la plupart du temps pluri-nucléaires, l’espace du coucher des différents couples et de leurs enfants est matérialisé par des moustiquaires. La moustiquaire tai dam traditionnelle, tissée, décorée et offerte à l’occasion du mariage, est en étoffe de coton noir, avec une bande décorative de couleur d’une vingtaine de centimètres de large bordant la partie supérieure.

Les maisons ont toujours une terrasse à l’une ou à chacune de leurs extrémités. Celle-ci en a deux. Celle des deux terrasses qui existe dans toutes les maisons (tjaan) est située côté ouest . La terrasse tjaan est divisée en trois espaces. La partie de la terrasse la plus proche de l’échelle et surtout de la maison, recouverte d’un toit d’herbe à paillote (tuup tjaan), s’appelle kok (tronc) tjaan, la partie du milieu kaang (mi-chemin) tjaan, la partie la plus éloignée de la maison, paay (cime) tjaan. La terminologie utilisée pour ces différents espaces de la terrasse est analogue à celle par laquelle on désigne les différentes parties d’un arbre mais aussi d’une chevelure. C’est dans la partie du milieu (kaang tjaan) -décrite comme la plus sale- et près du bord opposé à l’échelle, qu’un trou (huu tjong) est ménagé entre les lattes pour que les enfants, et, à l’occasion (la nuit, quand il pleut) les adultes, défèquent.C’est également dans cette partie de la terrasse que l’on dispose des déchets alimentaires. La cime de la terrasse est neutre, le tronc est la partie la moins souillée, celle par laquelle on entre dans la maison.
L’autre terrasse, qui porte un tout autre nom (kwaan), est un espace plutôt privé, et est située à l’est. Le côté tjaan et le côté kwaan servent de repères pour se situer dans l’espace de la maison. Le côté kwaan de la maison peut aussi être appelé kaalôô hong, en référence au pilier saao hong (coin nord-est) au-dessus duquel le chef de maisonnée rend le culte aux Ancêtres (phii hüüan, esprits de la maison).
Lors de fêtes et d’évènements rituels, les tables (des planches à même le sol couvertes de feuilles de bananier) sont installées dans la longueur de la maison. Les Aînés s’assoient au nord, et les plus jeunes au sud. Mais alors que les femmes se tiennent côté tjaan, et incidemment côté de la cuisine (hüüan fay, maison du feu), les hommes sont assis côté kwaan (ou côté autel aux Ancêtres, kaalôô hong). Ce coin (extrémité nord-est) de la maison est aussi celui où dort le couple chef de maisonnée et où est installé, en hauteur, l’autel des Ancêtres. Le fils aîné et sa femme dorment juste à côté du chef de maisonnée, le suivant à côté de ce dernier, et ainsi de suite. L’espace où dort le chef de maisonnée est interdit aux étrangers, y compris aux gendres et aux brus. Les personnes extérieures à la maison mais appartenant au même clan patrilinéaire peuvent s’y rendre. Le phôô taa, père de l’épouse, dont le rôle rituel lors de l’édification de la maison du couple est crucial, est aussi autorisé à y pénétrer.

2) Description et analyse de la scène de défécation
La scène de défécation dont vous voyez les images se passe sur la terrasse tjaan, plus précisément sur le tronc de la terrasse (kok tjaan). L’enfant, âgée de huit mois, est appelée Nang Noi (Mademoiselle Petite), ce qui n’est pas à proprement parler un prénom mais un terme d’affection (lié à la petite enfance) dont il arrive que finalement on ne le change jamais. Nang Noi a déféqué alors qu’elle jouait, assise dans un van empli de balles de coton, auprès de son arrière-grand-mère paternelle (yaa hôô) occupée à trier le coton.
Les enfants tai dam ne portent pas de couches. L’apprentissage de la propreté débute très tôt, mais sans pression ni contrainte. Il commence dès la naissance en fait, avec l’accompagnement, et finalement l’induction, de l’urination par un bruit de bouche alors que l’enfant est tenu en l’air, les jambes écartées. Par ailleurs, les vêtements des enfants sont découpés de manière à ce qu’ils ne soient pas souillés lorsqu’ils urinent ou défèquent.
Yaa hôô appelle immédiatement les chiens de la maisonnée, qui sont coprophages. Elle emmène Nang Noi près de la grande poubelle de plastique dans laquelle l’eau, amenée régulièrement de la rivière, est stockée. Elle la déshabille et demande à Môn Si, cinq ans, fille aînée du fils aîné du chef de maisonnée et donc grande sœur « üüay » (les enfants d’aînés sont des aînés) de Nang Noi (fille cadette d’un frère cadet), de lui amener de l’eau puisée dans la poubelle avec une louche faite d’une courge évidée et séchée. Yaa hôô nettoie les fesses et les jambes de Nang Noy avec la main. Ensuite, tenant l’enfant par un bras, elle puise elle-même à nouveau de l’eau pour nettoyer les lattes de la terrasse à l’endroit où celle-ci a déféqué. Cette fois, elle lave le sol au pied.
L’eau sale est évacuée à travers les lattes sous la terrasse.
Cet espace (kong tjaan) sous le tronc de la terrasse, toujours boueux, est un lieu de souillure (sale, « uay ») intense où l’on dispose des déchets alimentaires et surtout des déchets corporels, en particulier ceux des enfants. Si on y fait tomber un objet, un vêtement, seules les femmes ou les enfants peuvent aller l’y chercher. Les femmes peuvent être exposées à cette souillure sans danger, « leurs âmes (phii khwan) ne disent rien », tout d’abord parce que cette souillure « est leur affaire », pour ne pas dire qu’elles en sont à l’origine. Les femmes sont dites être des personnes dont la chair, nüüa (entendue comme une enveloppe), est ouverte, creuse (long ) : elles sont traversées de part en part par un vaste trou qui va des narines à la vulve. C’est ce trou par lequel passent les règles, naissent les enfants. Le sang perdu à ces occasions est particulièrement sale.
Par ailleurs, ce sont les femmes qui maternent (khoua) le plus souvent les enfants (même si les hommes le font aussi à l’occasion) et donc qui les nettoient quand ils ont uriné ou déféqué. De par leur nature et de par leur rôle, les femmes sont immunes à cette souillure qui n’écœure (khii liim) pas leurs âmes.
Relations hommes/femmes
Aller sous la mi-terrasse implique pour les hommes être confrontés à un maximum de la pire souillure qui soit (excréments, déchets alimentaires, mais surtout sang des menstrues et des accouchements symbolisé -rendu présent- par les sin, jupes traditionnelles tai, étendues sur la terrasse). Or la chair des hommes, à l’opposé de celle des femmes, est tan, fermée, bouchée, dense. Les âmes des hommes exigent plus de respect (napthüü) que celles des femmes. Elles répugnent à l’exposition à la souillure. Le danger pour les hommes est alors de voir leur chance descendre (boun long) : rien ne leur réussit, ni l’élevage d’animaux, ni la culture du riz, ni le commerce, ni élever des enfants…
Quant aux enfants, leur chair (nüüa) est encore tendre (ôôn), jeune, comme les enfants eux-mêmes. Si les enfants naissent garçons avec une chair tan, et fille avec une chair long, leur corps est néanmoins différent de celui des adultes car les fonctions reproductives, et donc l’identité sexuée, ne sont pas actives.
La différence entre le corps des garçons et celui des filles n’est ni pertinente ni signifiante avant qu’ils sachent eux-mêmes repérer ce qui les distingue, jusqu’à ce qu’ils éprouvent des sentiments de gêne envers l’autre sexe, jusqu’à ce qu’ils éprouvent du dégoût pour ce qui sale, souillé. Cependant, pour les filles, le passage définitif à la féminité (pén saao, être une jeune fille) est clairement marqué par la menstruation, alors que pour les garçons c’est un changement d’attitude (et principalement l’attirance sexuelle) qui en fait de jeunes hommes (baao) dont la chair est fermée et dense (tan) et qui doivent veiller à se protéger de la souillure.
Tant que les enfants sont encore perçus comme relativement indifférenciés et incomplets, on dit qu’ils ne savent rien, que dans leur corps il ne se passe rien d’important.
De même, leurs âmes sont jeunes et tendres, elles ont les mêmes qualités que leur maître ou propriétaire (tjiao khong) ; être exposées à la souillure n’a pas de sens pour elles, ne représente pas un danger.

3) Conclusion
Les fils tirés à partir de cette vidéo nous ont conduit dans deux directions : celle des représentations relatives à l’espace, d’une part, et à la souillure et au corps, d’autre part. Les deux sont liées au point que nous pourrions, pour l’espace de la maison, dresser une carte de la distribution de la souillure. Le corps, et particulièrement celui de la femme (classiquement) est le lieu d’origine de la pire souillure. Mais sur le corps lui-même la souillure est inégalement distribuée, la tête en étant exempte, les organes génitaux en étant saturés, alors que les pieds en sont assez chargés. Le schéma corporel qui met en scène cette hiérarchie haut/bas, tête/pieds transparaît à la fois dans le lieu où et dans la manière dont l’adulte (yaa hôô) dispose des déchets corporels de l’enfant (Nang Noi). Le lavage au pied se retrouve lors de l’accouchement pour faire glisser le sang et autres fluides corporels à travers les lattes du sol du second lieu de grande souillure, le coin de la cuisine (sud-ouest) réservé aux accouchements (kaalôô ôôk luuk) et où est ménagé un autre trou destiné à la défécation des enfants pendant la nuit.
03 Toilette dans une bassineToilette d’une petite fille (Nang Noi, 8m) sur la terrasse d’une maison sur pilotis. La toilette se fait dans une bassine, à l’eau tiède et avec aspersion. C’est la mère de l’enfant qui la lave, puis l’allaite. L’enfant porte un collier de pièces chinoises en métal et des bracelets de coton noir qui ont une vertu prophylactique (ligature des principes vitaux multiples et volatiles au corps).

Commentaire
Nous sommes en décembre 1999, dans la maison d’Ai Loun, village tai dam de Nakham, Nord Laos. Les deux acteurs sont Nang Noi, huit mois, et sa mère Mèè Ouan, ou Em Singkham (mère de Singkham) pour reprendre la terminologie tai dam qui a recours à la teknonymie.
Mèè Ouan est l’épouse du deuxième fils (Bo Thong) d’Ai Loun et de Mèè Pan qui ont six enfants dont l’aîné (Peung) a trente et un an ans et le cadet (Tjèn) douze. Au moment où est prise la vidéo, la maisonnée se compose de trois ménages et du dernier fils. Le troisième fils (Bounnoy) assure les fonctions de gendre (khreuy) dans la maison du père de son épouse. Le quatrième enfant, une fille (Fui), vit dans la maison de son époux. Quant au cinquième enfant, un garçon (Bounnam), il est lycéen à Oudomxay.

Nang Noi est la troisième et dernière-née de Bo Thong et Mèè Ouan. Mèè Ouan est à nouveau enceinte, mais ne désire pas ce nouvel enfant qui vient trop tôt après Nang Noi. Elle hésitera par la suite à se faire avorter au moyen de médecines chinoises que l’on trouve dans un hôpital chinois du chef-lieu de province, Oudomxay. Finalement, l’enfant naîtra, mais ne survivra pas. Après quoi Mèè Ouan aura recours à la contraception sous forme d’injections trimestrielles disponibles au chef-lieu de district (Müang Namo), à une vingtaine de kilomètres du village.
La toilette de l’enfant se déroule sur la mi-terrasse kaang tjaan.

1) Les vêtements : distribution de la souillure sur le corps, entre hommes et femmes, entre adultes et enfants, dans l’espace de la maison
Sur les images, on peut voir les rambardes qui gardent les bords de la terrasse située sur des pilotis à deux mètres de hauteur. Ces rambardes (mai saao) sont aussi utilisées pour mettre le linge à sécher, voire le stocker quand il ne pleut pas : on aperçoit un sin (pagne fermé, vêtement féminin traditionnel des groupes tai) et un short, le dernier étant étendu au-dessus du premier. La distribution du linge sur les mai saao des terrasses tjaan et kwaan, situées à chacune des petites extrémités de la maison, mais aussi dans le reste de l’habitation, obéit à des règles strictes.
Le premier principe qui doit être respecté est que les sin doivent être étendus en dessous des chemises et autres tee-shirts (süüa). Le même principe vaut pour les pantalons et shorts des hommes sans que toutefois il soit respecté aussi scrupuleusement.
Les sin portent la souillure issue des menstrues et des accouchements des femmes, ils sont de statut inférieur aux vêtements portés sur le haut du corps. Le sin de manière générale représente un danger pour les hommes qui ne doivent ni passer sous un sin étendu, ni s’en saisir.
S’il arrive que, les habitants de la maisonnée étant nombreux, l’on étende le linge sur les mai saao de la terrasse kwaan, ce n’est pas un lieu idéal. En effet, cette terrasse est proche de l’extrémité de la maison où se trouvent la chambre du chef de maisonnée dont le statut est le plus élevé et l’autel aux Ancêtres, partie la plus sacrée .
Le deuxième ensemble de principes a trait à la répartition des vêtements dans l’espace intérieur de la maisonnée. En premier lieu, il s’agit de ne pas investir les lieux dont le statut est à la fois supérieur et sacré (côté tête, nord) avec des vêtements qui sont porteurs de souillure (vêtements beaucoup portés, vêtements des femmes). En second lieu, l’espace est divisé entre les lieux où l’on range les vêtements qui couvrent le haut du corps et ceux qui couvrent le bas du corps, les vêtements masculins et les sin féminins.
Les pantalons et les chemises sont suspendus à des mai saao disposés dans le corps même de la maison (hüüan), mais côté pieds (tae tiin, sud pied), ou encore sur un mai saao installé dans la cuisine (hüüan, maison fay, feu), contre le mur mitoyen à la maison hüüan et côté sud.
Les sin, par contre, sont rangés soit sur un mai saao accroché contre le mur sud de l’espace où les femmes accouchent (kaalôô ôôk luuk), coin sud-ouest de la cuisine, soit sur le tronc (kok) de la terrasse tjaan, à l’abri du toit tuup tjaan, du côté opposé à l’échelle, et donc le plus proche du kaalôô ôôk luuk. Dans les deux cas, les mai saao destinés aux sin sont accrochés plus près du sol que ceux destinés aux chemises et pantalons.
Les vêtements neufs sont stockés dans des coffres de bambou et rotin tressés, kabèèm, situés, cette fois, à la tête des lits de chaque ménage. Les sin presque neufs peuvent éventuellement être étendus avec les pantalons dans le corps de la maison.
Les vêtements des enfants, quand ils ne sont pas suspendus à n’importe quelle hauteur et sur n’importe lequel des mai saao des terrasses ou du mai saao de la cuisine (mais je n’en ai pas vu sur le mai saao du kalôô ôôk luuk), sont entassés dans des paniers de bambou lâchement tressés qu’on appelle les kwai (ce type de panier) faa (étoffe) nyao (uriner). Chaque couple dépose un kwai faa nyao au pied de son lit (donc côté tae tiin). Les vêtements de tous les enfants, garçons et filles, sont mélangés. Ils ne seront séparés, comme ceux des adultes, qu’avec la mutation du corps et l’apparition des sentiments de pudeur.

2) Esthétique enfantine : inscription dans l’histoire familiale et induction de la conscience de soi
Resserrons maintenant le plan sur l’enfant assise dans la bassine. Nang Noi porte un collier de pièces de monnaie (ngeun khèèn khôô), lesquelles viennent de la toute proche Chine (nous sommes à vingt kilomètres de la frontière avec le Yunnan), une chaîne en argent et des bracelets de coton noir. Ces derniers, qui ne peuvent être considérés comme des bijoux, seront évoqués plus loin.
La chaîne d’argent appartient à une série de cinq chaînes, une pour chacun des cinq enfants vivants de Loun et Pan. Ces bijoux ont été façonnés à partir d’un bracelet d’argent ciselé hérité par Pan de sa grand-mère maternelle et porté successivement par elle-même et ses deux filles lorsqu’elles étaient enfants : « La cadette de Mèè Fui portait ce bracelet, explique Pan, quand elle est morte à l’âge de quatre ans. Après, je ne pouvais plus le voir sans penser à elle, c’était comme si je voyais son visage. J’étais trop triste alors Ai Loun l’a fait fondre avec les boutons d’argent (ma maam) qui ornaient la chemise de sa mère et les piécettes d’argent (hao) qui ornaient le collier que j’ai porté étant enfant puis qu’ont porté mes enfants, pour en faire des chaînes, une pour chacun d’eux.»
Les chaînes circulent maintenant des enfants aînés aux enfants cadets de chaque membre de la fratrie.
Quant aux colliers de pièces chinoises, ils sont en réalité des substituts actuels, moins appréciés, de bijoux ornés de véritables pièces d’argent, fondues à partir de la monnaie française (piastres d’Indochine) qui circulait pendant la colonisation. Les enfants de Pan et Loun ont porté le collier orné de dix piécettes d’argent (hao), forgées à partir de grandes pièces (maan), hérité de leur arrière-grand-mère maternelle (voir plus haut). Le collier que porte Nang Noi a été assemblé pour le frère aîné de celle-ci par Pan et la grand-mère maternelle des enfants, Pan ayant ajouté à la monnaie chinoise (récupérée lors de transactions avec des marchands chinois venus jusqu’à Nakham) une véritable petite pièce (kaang, moitié de maan) d’argent.
Ces colliers, que les enfants ne portent qu’à partir de trois ou quatre mois (quand ils peuvent se tenir assis et ne risquent plus de se blesser) et pendant quelques années seulement : « jusqu’à ce qu’ils aient honte (naa aai) », n’ont, selon les parents, qu’une valeur esthétique.
Cependant ces bijoux, qui, dans ce cas, se sont transmis des aïeux aux petits-enfants, ont circulé parmi les fratries, et ont fini par amalgamer une partie des possessions en argent de toutes les lignées apparentées à l’enfant, apparaissent dans les paroles accompagnant un échange de prestations entre le gendre (luuk khreuy) et son beau-père (phôô taa) rendues lors d’une visite rituelle aux parents de l’époux (yaam hüaan, visiter la maison) ou à l’occasion du retour du fils dans la maison de son père (song phuua mia hüaan phuu yaa, envoyer l’époux et l’épouse dans la maison des grands-parents paternels).
Le gendre offre alors à ses beaux-parents soit un bracelet ciselé d’une valeur-poids de cinq grandes pièces (maan) d’argent ainsi que deux piécettes (hao), soit les pièces non fondues « pour le lait de la mère de son épouse (khaa naam ou, naam nom haa maan song : le prix du lait maternel, cinq maan deux – sous entendu hao) ». Le phôô taa rend les deux hao à son gendre, si celui-ci a déjà un enfant, plus tard dans le cas contraire, en disant : « Nous n’avons rien à vous offrir que ces pousses, ces yeux , ayez beaucoup de filles et de garçons. Prenez ces pousses, ces yeux, et faites-en des colliers pour nouer autour du cou de vos enfants. »
Les paroles unanimes de nos interlocuteurs attestent de l’existence d’une esthétique circonscrite à la petite enfance. Certains bijoux cessent d’être portés alors que l’enfant grandit, alors qu’apparaît un sentiment (huu naa aai, mot à mot : sait le visage honteux) qui relève à la fois de la pudeur et de la conscience de soi et qui est relevé ou induit par des plaisanteries soulignant la laideur de l’ornement devenu inapproprié. Les circonstances et les paroles rituelles qui accompagnent le don d’argent à l’origine de la confection du bijou suggèrent que cette esthétique enfantine nous parle du statut du petit enfant et de sa place au sein de la communauté familiale, villageoise, humaine.

3) Nouer les poignets : des principes vitaux (khwan, âmes) multiples et volatiles ; vulnérabilité de l’enfant
Nang Noi porte également des bracelets de coton noir, signe qu’un rite appelé «phuu khèèn », nouer les poignets, a été rendu il y a peu de temps.
Le nouage des poignets, et parfois des chevilles, peut aussi bien être un simple geste accompagné de paroles conventionnelles mais informelles accompli par un membre de la maisonnée que la clôture d’un rituel plus élaboré, le « rappel des âmes (suukwaan) », conduit par un spécialiste.
Le nouage des poignets, que l’on retrouve sous différentes formes et souvent associé au suukhwan, parmi tous les groupes ethnolinguistiques du Laos, est classiquement interprété comme étant le nouage des âmes, volatiles et douées d’une volonté propre, au corps d’une personne malade ou en état de vulnérabilité (voyage, mariage, construction d’une maison, accouchement : autant de moments de transition).
Chez les Tai Dam, le fil utilisé doit avoir déjà été teint à l’indigo (chez les Tai Lao, il est blanc) et mis en bobine, il est passé par un procédé de domestication. Les Tai Dam disent qu’en nouant ce fil on montre aux phii (esprits) susceptibles de s’attaquer à l’enfant, particulièrement vulnérable (ôôn, tendre), que celui-ci a un propriétaire (tjiao khong). Cela indique que les parents ont « accroché-gardé » (mat vai) leur enfant, de même que l’on « accroche-garde » les buffles sous le grenier à riz.
Ces deux interprétations ne sont pas exclusives l’une de l’autre.

4) La toilette de Nang Noi : quelques constantes et variations de toilettes d’enfants
La vulnérabilité des enfants influe aussi sur la technique du bain. La variabilité de la toilette des enfants joue sur trois facteurs : la qualité de l’eau (chaude, froide, crue, bouillie, chauffée au soleil, nature, infusée), le lieu (cuisine, terrasse kwaan, rivière), la gestuelle (bain, douche, avec ou sans savon, variations des acteurs…).

a) Préparation de l’eau du bain : de l’eau froide et crue à l’eau bouillie et infusée
Mèè Ouan baigne sa fille l’après-midi, alors que l’air, particulièrement froid ce mois-là, s’est fait plus doux. Elle a préalablement fait bouillir de l’eau qu’elle mêle, dans une bassine métallique d’une cinquantaine de centimètres de diamètre, à l’eau fraîche (khüüm) et « crue » ramenée de la rivière. Malgré ces précautions, Nang Noi a froid, elle pleure pendant les deux minutes que dure sa toilette et ne s’arrête qu’une fois rhabillée et au sein de sa mère. Cette fois-ci, l’eau a été bouillie nature, sans ajout de plantes.
Il est cependant courant de faire bouillir dans l’eau du bain des nourrissons, mais aussi des enfants plus grands quand ils sont mal portants, des feuilles de tamarinier (bae, feuille, maak, fruit, khaam, tamarin) dont l’acidité a la vertu de raffermir la chair trop tendre (ôôn, piak) des nouveau-nés et des enfants malades, ou encore des feuilles de l’arbre tuum tyün.
Les feuilles tuum tyün, disent les villageois, colorent l’eau, la rendent « jolie » (tjen) et la parfument.
Le parfum de l’eau infusée aux bae tuum tyün atténue l’odeur du nouveau-né, l’odeur du lait de sa mère et du sang, qualifié de mauvais, écoulé au moment de l’accouchement. Du sang perdu lors de l’accouchement, on dit qu’il a l’odeur désignée par le terme khao dont on se sert aussi pour parler du sang des menstrues, de la viande et du poisson crus ou encore de l’odeur de poisson qui reste sur les doigts après qu’on l’a mangé. Quant à l’odeur du lait maternel, qui adhère au nourrisson, elle peut être perçue comme incommodante ; on dit de cette odeur qu’elle est âcre (kiuu).
Les odeurs fortes ont une place privilégiée parmi les risques d’atteinte à la santé des personnes, mais aussi de certains animaux, voire des phii. Ainsi la viande des animaux qui sentent fort, comme les buffles albinos, le gibier, les mâles non castrés de n’importe quelle espèce, est interdite à la jeune mère jusqu’à un an après l’accouchement. Les odeurs fortes (kiuu, mais aussi min, utilisé par exemple pour l’odeur des excréments) sont aussi particulièrement néfastes aux vers à soie (dont on dit que l’odorat est très fin) lors de leur quatrième sommeil, elles pourraient les faire mourir…
Certains esprits, phii (phii phai, qui dévore les entrailles des femmes en couche ; phii pop, qui possède les malades) sont attirés par l’odeur de la maladie ou du sang et viennent dévorer la personne qui la porte. Cependant, à l’inverse, on peut également user de la mauvaise odeur : ainsi le pied du sin des femmes pubères peut, déchiré et transformé en collier ou bracelet de pied pour les enfants, servir de repoussoir aux phii qui auraient idée de les attaquer.
Peut-être la mauvaise odeur est-elle comparable à un air vicié qui viendrait compromettre la bonne circulation de l’air (loom ) depuis l’atmosphère, externe, jusqu’aux organes, internes. Les odeurs fortes pourraient alors être comparées à du mauvais souffle. Or, la recherche du maintien d’un équilibre entre atmosphère extérieure et souffle interne a été soulignée par P.B. Laffont (1959) dans un article consacré à la santé chez les Tai Dam , « la rupture de cet équilibre [entraînant] un dysfonctionnement des organes ».
Le nouveau-né mais aussi sa mère sont lavés plusieurs fois par jour de ce mauvais sang et de cette mauvaise odeur à l’eau tiède, bouillie avec des feuilles tuum tyün. Il en va de leur protection vis-à-vis des mauvais esprits, mais aussi de la reconstitution, ou, en ce qui concerne le nouveau-né, de la constitution, de l’intégrité de leur corps : celui de la mère, malmené et affaibli par l’accouchement et la perte de fluides et de souffle (loom), et celui, inachevé, vulnérable et tendre de l’enfant.
La température de l’eau est également une composante de la technique du bain ; elle est amenée à varier en fonction de l’âge et des conditions de santé de l’enfant. Un bain à l’eau froide est exclu pour le nouveau-né, pour les enfants de moins de sept, huit mois et pour les enfants malades en général. On ne baigne pas non plus à l’eau froide quand l’air est lui aussi froid.
Si pour un enfant mal portant il est mieux de faire bouillir et infuser l’eau, un nourrisson bien portant peut être baigné simplement à l’eau tiédie au soleil.
Pour les nourrissons, de même que pour les nouvelles accouchées, le bain à l’eau chaude participe d’une reconstitution nécessaire à la suite de l’accouchement. L’exposition permanente les trois premiers jours, régulière durant le premier mois, à un feu bâti spécialement pour la mère et l’enfant comme les bains répétitifs, trois à quatre fois par jour, à l’eau chaude et infusée débarrassent du sang sale (lüat uuay) perdu lors de l’accouchement et favorisent la reconstitution du souffle perdu.
Par la suite, on dit que l’eau froide surprend les bébés dont le « cœur tombe » (tok tjae) et qui se mettent alors à pleurer. En revanche, l’enfant ne réagit pas à l’eau tiède qui ne suscite pas de contraste trop violent entre sa température interne et la température extérieure ; avec l’enfant littéralement saisi par l’eau froide, nous sommes peut-être dans ce type de risques de déséquilibre du souffle et donc de maladie potentielle mentionnés plus haut.

b) Du bain au foyer au bain à la rivière
Le lieu du bain est lui aussi soumis à des variations. Les premiers bains se déroulent à l’intérieur de la maison, dans la cuisine où est installé, comme nous l’avons vu plus haut, le feu du mois de réclusion (kham düüan). Sorti du premier mois, l’enfant pourra être baigné sur la terrasse tjaan, qui reste un lieu privilégié de la toilette des enfants jusqu’à l’âge de six ans à peu près.
Contrairement à la rivière, on peut y contrôler la chaleur et la nature de l’eau, que l’on fait parfois infuser, dont on se sert pour la toilette. Cependant, il s’agit aussi sans doute de maintenir encore le jeune enfant dans l’espace le plus domestiqué, situé plus près de la protection des phii hüüan, esprits protecteurs de la maison, et plus familier aux âmes mal accrochées, tendres et maladroites de l’enfant. Ainsi dit-on que, jusqu’à ce que l’enfant sache marcher à quatre pattes, il ne convient pas de le baigner à la rivière : « l’enfant qui ne sait pas marcher à quatre pattes, on ne le baigne pas à la rivière ; quand il sait, cela devient possible, si ses âmes tombent à l’eau, elles savent revenir sur la rive en rampant. »
Nang Noi, qui a huit mois, sait se tenir assise mais ne se déplace pas à quatre pattes. Elle est baignée sur la terrasse tjaan. Cependant, pour cette toilette précise, comme nous l’avons vu plus haut, la température extérieure est un facteur déterminant dans le choix du lieu. Tous les enfants de la maison sont baignés sur la terrasse et à l’eau tiède en ce mois de décembre.

5)Quelques gestes de la toilette de Nang Noi
a) Une seule et même eau pour toute la toilette
Pour cette toilette, la mère utilise l’eau préalablement versée dans la bassine d’abord pour mouiller (aspersion avec la main), puis laver (passages plus ou moins appuyés de la main sur le corps de l’enfant), et enfin rincer (nouvelle aspersion) chaque partie du corps de Nang Noi. L’enfant n’est pas savonnée. On retrouve ces trois phases bien découpées de la toilette à la rivière où, le plus souvent, les enfants comme les adultes s’immergent ou s’aspergent d’abord dans l’eau (qui en saison sèche n’arrive qu’aux chevilles), puis en ressortent pour se savonner, et y rentrent à nouveau pour se rincer.
Le bain dans la bassine, sans renouvellement de l’eau ni rinçage à l’eau propre, pose question dans la mesure où les villageois visualisant la vidéo du bain d’un petit garçon français ont réagi sur le fait que l’enfant se savonnait consciencieusement pour ensuite tremper dans de l’eau sale.
Dans le cas de Nang Noi, la bassine contient cependant assez peu d’eau et l’enfant n’est pas immergée. Pour les derniers gestes de la toilette, la mère maintient l’enfant debout par un bras, Nang Noi ne « trempe » donc plus dans l’eau.
b) Une insistance sur le visage et les plis
Nous ne notons pas dans cette toilette de dissociation de la tête et des pieds ni de toilette particulière des pieds comme on peut le voir dans d’autres toilettes. L’enfant ne marche pas encore, ses pieds ne sont donc pas autant porteurs de saleté (dite khii kai, excrément d’algues) que ceux des enfants plus grands.
La toilette du visage est en fait la plus insistante, elle est effectuée deux fois, au début, puis, plus rapidement, à la fin de la toilette. Les gestes sont appuyés : passage de la main à plat du front à la bouche ; nettoyage des oreilles avec le pouce pour le pavillon et l’index et le majeur pour l’attache des oreilles ; nettoyage des narines avec le pouce et l’index ; passage latéral de la tranche de la main sur le pli du cou ; passage symétrique de haut en bas des deux pouces sur le coin des yeux.
Le reste du corps est aspergé avec la main de la mère qui passe légèrement sur la peau, sauf pour les plis des genoux, de l’aine, des aisselles et enfin les jambes qui sont presque massées. La toilette de la vulve et de l’anus, un simple passage de l’index, est assez rapide.
Nous ne sommes pas, avec le bain de cette enfant de huit mois, dans l’établissement d’un schéma corporel qui dissocie la tête du reste du corps ainsi que nous avons pu le voir pour des enfants plus âgés dont on lavait la tête par un mouvement de bascule et qui désigne, par une toilette longue et consciencieuse, les pieds comme lieux de souillure. Cependant la toilette attentive de chaque partie du visage est une constante.
c) Détournement d’attention par jeux d’eau et absence de verbalisation
Bien que Nang Noi pleure pendant toute la durée de la toilette, la mère reste quasiment tout le temps silencieuse. Pendant les premières secondes de la toilette, on entend en voix off quelques paroles et vocalises d’apaisement qui sont émises par l’arrière-grand-père paternel de l’enfant vers lequel, d’ailleurs, elle est tournée et qu’elle regarde.
La communication de la mère avec son enfant est essentiellement non verbale. Pour l’inciter à arrêter de pleurer, elle détourne son attention à deux reprises : elle utilise, la première fois, un récipient de plastique avec lequel elle puise de l’eau puis la verse. La deuxième fois, elle tapote la surface de l’eau avec le plat de la main. L’enfant n’interrompt ses pleurs que brièvement.
d) L’allaitement après la toilette
Dans de nombreuses circonstances, l’allaitement a une fonction de consolation. Dans ce cas, l’enfant ne se calme que lorsque, une fois séchée et habillée, elle est mise au sein.

6) Variabilité des personnes maternantes et petite conclusion
C’est, ce jour-là, sa mère qui lave Nang Noi. Cependant, pour la toilette comme pour les autres gestes du maternage, tous les membres de la maisonnée -souvent plurinucléaire-, hommes et femmes, jeunes aînés et aïeux, sont amenés à prendre l’enfant en charge. L’expérience de la personne maternante influe sur la fluidité des gestes et sur le degré d’empathie vis-à-vis de l’enfant, mais la technique ne varie que peu d’une personne à l’autre.
Dans ce contexte de maternage par une multiplicité de personnes où les hommes ont largement leur place, il importe cependant de noter un dernier point. Nous avons vu que le nouveau-né est lavé de nombreuses fois au cours de la journée, que les toilettes répétitives des nouvelles accouchées sont également au cœur des rituels du post-partum. Tout au long de la vie, la toilette quotidienne constitue, au même titre que les repas, un moment distinct et quasi obligatoire de la journée.
En réalité, les principes présidant à la répartition des vêtements dans l’espace de la maison, mais aussi la distribution inégale, sur les différentes parties du corps ou encore entre hommes et femmes, de la souillure, nous désigne celle-ci et son évitement comme étant, un classique dans de nombreuses sociétés, au cœur des préoccupations des Tai Dam, et plus particulièrement des hommes tai dam.
L’enfant nouveau-né, parce qu’il a traversé les parties génitales de sa mère (lieu de souillure intense), mais aussi parce qu’il se salit et salit en urinant et déféquant, est qualifié de « sale », uuay . D’où une répugnance des hommes à tenir longtemps et à materner les nourrissons jusqu’à ce que se soit achevé le mois de réclusion suivant la naissance et que l’enfant, par les bains et l’exposition au feu, ait été débarrassé de sa part initiale de souillure.
04 Autre toilette dans une bassineToilette de Mè Nyae (2a8m) dans une bassine sur la terrasse d'une maison sur pilotis. L'enfant se tient debout dans un fond d'eau tiède et sa mère la lave par aspertion, sans savon. Après la toilette, Mè Nyae passe un moment à jouer dans l'eau, d'abord debout, puis assise avant que sa mère ne revienne avec des vêtements pour l'habiller.
05 Grand-mère donne la becquée aux enfants
06 chahutage mère-enfantInteraction mère-fille (Theng, 28a ; Khanthaly, 2a7m) avant le départ à la rivière pour la toilette. L’attention de la mère, d’abord portée exclusivement sur sa fille, est étendue à ses deux nièces (Nang Noi, 8m et Tiantit, 2a6m).
07 toilette à la rivièreToilette à la rivière de Khanthaly (2a7m) par sa mère. Toilette par immersion avec basculement de la tête en arrière, puis savonnage debout et rinçage à nouveau par immersion. La toilette est conclue par un nettoyage minutieux du dessus des pieds à la pierre. Sur la rive la cousine de Khanthaly (Tiantit, 2a6m) qui les a accompagnées attend sa mère pour se baigner.
08 toilette d'un petit garçon par sa grande soeur
À la rivière, une fillette (8a) fait la toilette de son petit frère (3a). Le mouvement de basculement du corps de l'enfant pour laver la tête est très accentué par rapport à ce que l'on voit faire par des personnes plus expérimentées.
09 toilette de femme : nettoyage du coup-de-piedTheng (28a) lave longuement ses coup-de-pieds à la pierre en prenant appui sur un tronc d’arbre couché au bord de l’eau.
10 Toilette d'une petite fille par sa tante paternelleToilette à la rivière de I Na (3a) par sa tante paternelle, Loun, jeune femme célibataire. La toilette se fait par immersion partielle avec basculement de la tête en arrière très accentué.
11 Toilette des pieds : trois cousinsToilette à la rivière de trois cousins (6a, 7a, 10a). En appui sur la rive qui surmonte la rivière, les trois garçons lavent leurs coup-de-pieds et leurs jambes (tibias, mollets) avec du son de riz. Celui-ci est connu pour ses propriétés adoucissante et est beaucoup utilisé quand le froid fait craqueler la peau.
12 Toilette d'enfant et lessiveToilette à la rivière de Tiantit (2a6m) par sa mère et lessivage de la jupe. Attention particulière portée aux pieds. Habillage qui comporte le nouage, réclamé par l’enfant, de la coiffe portée par les jeunes femmes et les femmes adultes.
13 Toilette d'enfant et de jeune filleToilette à la rivière d’une petite fille par une jeune femme célibataire et, à côté, toilette d’une petite fille (8a) qui adopte les techniques de baignade des femmes d’âge mur (usage du vêtement).
14 toilette de nourrissonToilette, sur la terrasse d’une maison sur pilotis, d’un nourrisson (3s)– premier né dans ce couple – par sa mère. L’eau utilisée est un mélange d’eau bouillie avec des plantes et d’eau fraîche. Le jeune père participe en apportant le matériel nécessaire à la toilette. Celle-ci se fait sur les jambes de la mère. L’enfant est emmailloté et allaité après la toilette. Pendant l’allaitement, la mère caresse les parties dénudées de l’enfant : visage et pieds.
15 toilette de nourrisson en présence du grand-père
16 bercements du nourrisson par le grand-père
17 bébé assis sur les genoux de sa grand-mère, mouchage par sa soeur

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L'histoire d'une jeune fille et de sa grand-mère, les dernières survivantes d'une famille.

Tzaritza

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